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le journal de sandra

exposition picasso mania

9 Octobre 2015, 12:38pm

Publié par sandra

Du 7 octobre 2015 au 29 février 2016, exposition dans les galeries nationales du Grand Palais.

Si une salle mérite votre temps, c’est très certainement la première. 18 artistes et architectes contemporains, aux portraits animés, révèlent la perception intime, qu’ils ou elles ont ou ont eu chacun(e) de ce diable d’homme qu’était Picasso.

Selon Agnès Varda, par exemple, le titre de l’expo a été très mal choisi. Il ne s’agit en aucune façon d’une manie. Elle précise en revanche que toutes et tous étaient pour cet artiste en position d’"amourosité". Elle aurait préféré "Picasso Love". En fait Picasso.Mania aurait été choisi à partir de la réponse faite par Picasso à la question un peu nunuche d’un journaliste "... et vous pensez continuer à peindre longtemps comme ça ?" "Beh je fais ça tout le temps, depuis longtemps, sans arrêt, c’est une véritable manie..."

John Baldessari reconnait que Picasso a apporté une réelle impulsion à l’art contemporain. Miquel Barcelo ose des jeux dans ses créations, et les ressent souvent comme autant de clins-d’œil faits à l’intention du Maître. Pour Frank Gehry, il a apporté un sentiment de liberté dans l’art, de respect de l’intuition, et un encouragement à être soi-même, à ne pas suivre les autres. Nombreux témoignages bien éclairants !

L’exposition, co-réalisée par la Rmn-GP, le Centre Pompidou et le musée Picasso, se devait d’être monumentale. Chronologique et thématique, elle retrace les 3 grandes étapes artistiques de Picasso (1881-1973), le cubisme, les années 1930 et les œuvres tardives, les accueils qu’elles reçurent, et l’envahissement progressif, monstrueux et pérenne du mythe de ce créateur hors normes dans les paysages artistiques de son temps et jusqu’à nos jours.

Les 100 œuvres de Picasso exposées ont été prêtées par les musées Picasso, Pompidou, et par la famille de l’artiste. Elles sont parfois présentées "à la manière" des accrochages que l’artiste réalisait lui-même dans ses ateliers, et pour les expositions qu’il a lui-même supervisées (celle de la galerie Georges Petit à Paris en 1932, et celles du Palais des Papes à Avignon, en 1970 et 1973), quand il était son propre commissaire.

exposition picasso mania

Cette disposition, dite à l’anglaise, rejoint en fait le type d’accrochage qui se faisait au XIXe et avant : les œuvres sont placées les unes près des autres en plusieurs rangées, indépendamment de la date de leur création voire de la technique employées.

Plus de 300 œuvres de quelque 75 autres artistes les accompagnent, et c’est du lourd : Warhol, Basquiat, Liechenstein, Érro, Adel Abdessemed, Johns, Koons... comme si la fatalité et l’obligation de ne présenter que des blockbusters planaient encore et toujours sur le Grand Palais, à qui récemment un grand quotidien du soir conseillait une prochaine expo sur Mickey, au motif que Disneyland attire encore davantage que... Picasso.

exposition picasso mania

À ses 2 grandes œuvres emblématiques (Les Demoiselles d’Avignon, Guernica), absentes, bien sûr, mais fortement évoquées, et parmi les plus copiées de l’histoire de l’art, répondent des créations contemporaines, présentées dans des salles monographiques consacrées à Hockney, Johns, Lichtenstein, Kippenberger...), ou thématiques, regroupant des œuvres mêlant techniques et supports les plus variés (vidéo, peinture, sculpture, arts graphiques, film, photographie, installation). Ces salles permettent à l’ensemble de cette exposition de ne pas paraître anecdotique, car cet artiste en a évidemment inspiré bien d’avantages.

Femme au chapeau fleuri

Femme au chapeau fleuri

Les montages Polaroïd, les images vidéos multi-écrans de David Hockney font écho au cubisme de Picasso, à son exploration d’un espace poly-focal.

Au début des années 60, les artistes Pop (comme Lichtenstein, Errό et d’autres) revisitent des portraits des années 1930 par lesquels s’est fixée l’imagerie de l’image de la peinture de Picasso. Lichtenstein s’y attaquera trop tôt, maladroitement, submergé. Il y reviendra 30 ans plus tard, doté enfin de son propre style. Warhol s’appuya en 1985... sur le Picasso des années 1960.

Koons unit quant à lui sur une toile la beauté classique de la Grèce et de Rome à celle de l’Afrique... dont Picasso le grand cannibale avait boulotté goulument de grands caractères comme tant d’autres expressions et styles.

L’Ombre (1954), par exemple, est à l’origine de la série de quatre tableaux qu’entreprend Jasper Johns en 1985 (Les Quatre Saisons. Rassemblées, elles sont présentées dans l’exposition).

À deux reprises, en 1988 et en 1995, Martin Kippenberger interprète les portraits photographiques de Picasso, et de Jacqueline, réalisés par David Douglas Duncan.

Les variations, inspirées par Les Demoiselles d’Avignon et par Guernica, démontrent la place prise par ces peintures dans l’histoire de l’art moderne, et au-delà dans l’imaginaire collectif (elles ne figurent pas à proprement parler dans l’exposition, même si elles sont ici beaucoup citées).

Acte de naissance du modernisme pictural dont le premier acheteur fut le couturier Jacques Doucet, Les Demoiselles d’Avignon ont essaimé de variations (comme celles de Faith Reingold ou de Robert Colescott), qui commentent la dimension ethnocentrée, masculine, de cette modernité dont l’œuvre est devenue l’emblème.

L’ombre (La chambre à coucher de l’artiste dans sa villa La Californie), Vallauris, 29 décembre 1953, huile et gouache fusain sur toile,

L’ombre (La chambre à coucher de l’artiste dans sa villa La Californie), Vallauris, 29 décembre 1953, huile et gouache fusain sur toile,

A la faveur d’expositions qui les ont réinscrites au cœur de la création contemporaine (A New Spirit in Painting, Royal Academy of Arts, 1981), qui en ont éclairé le sens (Das Spätwerk. Themen : 1964-1972, Bâle, 1981 ; The Last Years, Guggenheim Museum, 1984), les œuvres des dernières années de Picasso sont redevenues sources d’inspiration.

Son éclectisme stylistique, son « cannibalisme » des maîtres anciens, la libre facture des peintures tardives ont inspiré la génération d’artistes révélée au début des années 1980 (Georg Baselitz, Jean-Michel Basquiat, George Condo, Julian Schnabel, ou Vincent Corpet).

L’installation vidéo de Rineke Dijkstra, I see a Woman Crying (Weeping Woman, 2009-2010) illustre la présence de l’œuvre de Picasso dans l’imaginaire actuel, dans ses expressions les plus variées, du cinéma aux images numériques, de la vidéo à la bande dessinée.

On peut enfin constater que Picasso a su rester dans l’avant-garde... de très longues décennies. Qu’il n’était aucunement le prisonnier d’une seule idée, et que même sa période tardive, si elle exprima de la violence, n’était en rien un moment de peinture bâclée.

La préparation de cette exposition a nécessité 3 années. Le commissaire général est Didier Ottinger, directeur adjoint du Musée national d’Art moderne - Centre Pompidou ; les commissaires Diana Widmaier-Picasso, historienne de l’art, et Émilie Bouvard, conservatrice au Musée national Picasso-Paris.

Picasso.mania, du 7 octobre 2015 au 29 février 2016, au Grand Palais, Galeries nationales, entrée square Jean Perrin. Tlj de 10 à 20h (sauf le mardi). Nocturne les mercredi, vendredi et samedi jusqu’à 22h. Fermeture anticipée à 19h du 7 au 9 octobre et du 12 au 16 octobre 2015. Horaires des vacances de la Toussaint et de Noël : tlj de 9 à 23h. Tarifs 14 ou 10€ (16-25 ans, demandeurs d’emploi, famille nombreuse). Gratuit pour les moins de 16 ans, bénéficiaires du RSA et du minimum vieillesse.
Métro Champs-Élysées-Clemenceau ou Franklin D.Roosevelt. Réservations www.grandpalais.fr
Fermeture anticipée à 19h les 7, 8, 9, 12, 14, 15, et 16 octobre.
Fermeture anticipée à 18h les 3, 24 et 31 décembre.
Fermeture le 25 décembre.
Pendant les vacances scolaires : du 17 au 31 octobre, du 19 décembre au 2 janvier, et du 20 au 29 février, tous les jours y compris le mardi de 9 à 22h.
Dimanches 1er novembre et 3 janvier de 9 à 20h.

Erró, Picasso Antibes (détail), 1982

Erró, Picasso Antibes (détail), 1982

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Benoit 10/10/2015 14:53

Merci chère Sandra pour cette visite culturel d'un artiste dont je ne connais pas beaucoup d'oeuvre. Mais j'aime sa période du cubisme, sa période bleu, rose et africaine pour ses couleurs.
Amitiés